Performance chantée, parlée et dansée en un prologue et quatre actes pour six performers

Première

Jeudi 1er décembre 2011, 20h, garage Auto Service, 2 rue du Vélodrome, 1205 Genève

Tournée USA

05.12.2011 SEEDS, Brooklyn, New York
07.12.2011 Vox Populi, Philadelphie
09.12.2011 University, Greensboro
15.12.2011 Teatro Paraguas, Santa Fe
19.12.2011 Beyond Baroque, Los Angeles
22.12 2011 Emergency Art, The Beat Coffeehouse, Las Vegas
23.12.2011 Beauty Bar, Las Vegas

Durée


45 minutes

Livret

Donatella Bernardi, Gilda Bouchat, Noémie Etienne

Musique

Rudy Decelière, Denis Schuler

Performers

Adaline Anobile
Louise Dahl-Lindvall
Rudy Decelière
Yannis François
Anne-Laure Kénol
Denis Schuler

Mise en scène, chorégraphie et costumes

L’équipe de Deserting Las Vegas

Lumière et photographie

Daphné Bengoa

Médiation culturelle

Gilda Bouchat

Production


Festival Eternal Tour et Ensemble vide

Une pièce expérimentale

Deserting Las Vegas est un projet réunissant des musiciens, danseurs, chanteurs, artistes et intellectuels. Le livret et la musique ont été écrits pour l’occasion. La performance présentée est un work in progress, impliquant les interprètes dans le processus de création. Librement inspirée par Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny de Bertold Brecht, cette pièce met en scène des personnages en quête de sens, tiraillés entre leurs désirs contradictoires de penser, de se divertir et de faire de l’argent. Deserting Las Vegas a été créé à l’occasion du festival Eternal Tour 2011 qui reliera New York à Las Vegas du 2 au 23 décembre.

Le texte : six personnages au milieu d’un désert

L’ouverture de Deserting Las Vegas prend place au milieu d’un désert. Ce désert revêt plusieurs dimensions sémantiques. Il désigne un lieu géographique : le désert des Mojaves, d’après le nom d’une tribu amérindienne qui peuplait cette terre étendue entre les actuels états de Californie, du Nevada et d’Arizona. Mais le désert est aussi, symboliquement, le lieu au sein duquel nous sommes, aujourd’hui, appelés à penser le monde contemporain. La disparition de la question de l’être, dans la phase la plus nihiliste de la métaphysique occidentale, voilà l’horizon au sein duquel le désert avance. Six personnages, dont quatre incarnent chacun une position à la fois existentielle et philosophique, déploient diverses stratégies pour essayer, tant bien que mal, de s’en sortir, de déserter l’abîme absurde au sein duquel, ils tournent en rond, abîme qui sépare sens et non-sens, être et néant. L’ennui devient une disposition affective propice au questionnement. Le divertissement ne parvient plus à nous détourner de cette tâche : comment penser après la dévastation ? Finies les utopies diverses et le communautarisme ! L’expansion même de la conscience, prônée par les apôtres du psychédélisme dans les années soixante, est devenue « hygiénique » : un trip sur le Strip (de Las Vegas), mais dans les limites du licite, l’ultime frisson mais sans abus de substances, la poudre de néon comme seul vecteur de l’extase. Dans ce contexte désenchanté, l’expression artistique apparaît comme l’ultime lieu possible pour un hypothétique dépassement du nihilisme. Genre, classe, minorités, domination, destruction, noirs, juifs, mexicains, arabes :
chacun est l’indien, le paria, d’un autre … Comment être, malgré tout, ensemble, à l’ère de la contemporanéité ? Tel est le leitmotiv de cette performance.

Entre musique populaire et musique savante

Inspirée par la musique populaire, religieuse et profane (chant polyphonique, gospel, ballade, ritournelle), la composition de Deserting Las Vegas mêle différents styles et techniques, sans hiérarchie. Elle se développe en utilisant l’énergie du processus de répétition, dans l’héritage des minimalistes américains et dans la perspective du leitmotiv du spectacle, l’ennui étant matérialisé par le mouvement circulaire. Outre des chanteurs lyriques internationalement reconnus, la participation ponctuelle de chanteurs amateurs rend hommage à la tradition populaire. Il s’agit ici de proposer, d’expérimenter et de risquer de nouvelles pistes pour un opéra contemporain.
La création musicale est pensée en adéquation à la dimension itinérante du spectacle. Les parties chantées en solo, ou en chœurs, sont principalement a cappella. Les parties musicales instrumentales et électroacoustiques sont diffusées à l’aide de tourne-disques et d’ordinateurs. Les musiciens sont ainsi remplacés par les deux compositeurs devenus DJs.

Espace et jeu : un pôle, une corde et un garage automobile

Si l’être est la question philosophique clé irrésolue et inépuisable, c’est pourtant l’apparaître qui oriente notre être-au-monde, d’après Hannah Arendt. Apparaître : j’existe au milieu des déserts des après-guerres parce que quelqu’un me regarde et parce que j’écoute quelqu’un d’autre. Au milieu du désert : comment (inter-)agir ? comment danser ? comment chanter ?
La scénographie de la performance tourne autour d’un pôle, pour danser ; c’est également un poteau qui suggère Le Radeau de la Méduse par Géricault et permet aux personnages de survivre. Une barre est une barre, au-delà de ce qu’elle peut représenter et évoquer. Las Vegas semble une oasis dans le désert : comment décrire et appréhender cette ville qui de prime abord est un mirage ? Avec une voix lyrique, une chorégraphie de music-hall, de la musique contemporaine et un paysage sonore ? Comment bouger dans cet espace et comment en sortir ? Les gestes peuvent être minimaux et suffisants : tout est lourdement chargé. Ou, au contraire, faut-il déplacer et amplifier le corps et l’esprit, pour célébrer la vie, au-delà de n’importe quel type d’illusion, car « l’art, c’est la vie » ?
Le lien, que l’on retrouve sous la forme métaphorique d’une corde, est peut-être la réponse aux incapacités d’homogénéisation des langages verbaux et non verbaux, autorisant une pluralité d’expressions simultanées, une juxtaposition des genres et des écoles concentrées en un lieu singulier, un garage automobile. Ce dernier, où des artistes font réparer leur véhicule, est un décor Ready-Made. Il est le lieu où le mouvement est provisoirement arrêté, les capots ouverts et les moteurs silencieux. C’est précisément à partir de ce stand-by et de ce silence qu’apparaît et se déploie Deserting Las Vegas.

© ensemblevide